La longue histoire d'une rayure.

L'idée de départ de ce film date de 1976. Je l'ai travaillé épisodiquement à l'époque, avant même d'écrire La Guerre des Tuques. En 1982, je soumet une version,  nommée L'Affaire des Graffitis, à un concours de «première oeuvre» parrainé par la SDICC (l'ancêtre de Téléfilm Canada).

Le scénario intéresse la SDICC puisqu'on veut me rencontrer, question de voir si je fais sérieux. J'avoue que je n'ai pas réussi à convaincre. En fait, ma conception de scènes essentiellement visuelles, alliée à des effets spéciaux et un humour absurde, n'inspire pas confiance à une période où le cinéma Québécois produit surtout des films aussi réalistes que pessimistes.

Les discussions butent sur la séquence où un producteur surmené tranche à coup de ciseau des rayures qu'il imagine apparaissant autour de lui. On m'oppose que le public ne remarque pas les rayures, qu'il ne comprendra jamais ce gag jugé trop hermétique. Et moi de dire le contraire. Bref, j'ai sans doute passé pour un illuminé, ou pire pour un entêté. En fin de compte, on a retenu Lucien Brouillard de Bruno Carrière et Les yeux rouges de Yves Simoneau.

L'Affaire des Graffitis est allée s'empoussiérer au fond d'un tiroir sans beaucoup d'espoir d'en sortir. En 1988, Louise Gendron alors productrice dans cette vénérable institution lance un autre concours de première oeuvre. Je réécris de mémoire le scénario en lui donnant un nouveau titre: L'Assassin jouait du Trombone.

Puis, je relis l'ancien pour constater que L'Affaire des Graffitis n'était pas un aussi bon scénario que je le croyais. Il avait mieux vieilli dans mes souvenirs que dans la réalité. Ou c'est peut-être moi qui avait changé. Quand même, je conserve la séquence des rayures. L'Assassin Jouait du Trombone est finaliste à l'ONF, sans être retenu.  

Puis, je fais lire L'Assassin à Franco Battista, de Allegro Films, qui l'aime tout de suite et accepte de le produire. Un an passe encore puis L'Assassin Jouait du Trombone est l'un des 4 films sur 77 accepté à Téléfilm Canada. Enfin, le tournage... incluant la séquence des rayures.

À sa sortie en 1991, L'Asssassin Jouait du Trombone est le film Québécois le plus populaire  de l'année, et cela dans un moment difficile pour le cinéma en général et le cinéma Québécois en particulier. Imaginez, un film comme Barton Fink, palme d'or à Cannes, a été un flop au Québec.  

Mais pour moi, la plus belle victoire est ce coup de téléphone reçu au lendemain de la première. C'était Carole Langlois, ancienne "patronne" de la SDICC et du comité qui avait analysé et mis de côté L'Affaire des Graffiti. Elle me dit : «Tu sais, la séquence des rayures, et bien t'avais raison. Ça marche parfaitement!».

9 ans après ma tentative ratée de défendre la scène des rayures sans succès, la voilà enfin reconnue !

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