Lui donnant raison, le Brigantin encaisse une énorme vague par le travers. Il donne de la bande, exhibant son gouvernail arraché, puis se redresse fièrement. Pourtant, le navire en perdition chasse vers les brisants de la côte, tour à tour soulevé au sommet d'une crête puis englouti dans un creux vertigineux.

Des paquets de mer balaient le pont. Les vergues rompues se balancent, menaçant les têtes des flibustiers. Désespérément, on actionne la pompe du bord qui ne peut cracher toute l'eau engouffrée dans cette coque malmenée. À coup de haches, des hommes coupent des cordages pour libérer le mât tombé sur le pont. Il faut faire vite. À chaque soubresaut du Brigantin, le mat se déplace et cause de nouveaux dommages. En y travaillant, plusieurs hommes sont emportés par une vague déferlante.

 

 

Mais le plus inquiétant, le plus inéluctable sont ces rochers noirs enveloppés d'eau bouillonnante sur lesquels se dirige le navire en détresse.

El Diablo, le capitaine flibustier, est à l'intérieur du navire, le dos coubé sous le plafond bas. Il hurle ses ordres à des hommes bousculés par le roulis, culbutés par les vagues qui giclent et s'engouffrent dans les sabords défoncés. Un des canons de poupe a rompu ses amarres pour écraser le matelot qui tentait de l'attacher. Un prêtre en soutane, mais bardé de sabres et de pistolets, dirige les matelots qui imobilisent le canon contre le bordé avec des leviers, le temps qu'on le fixe à l'aide de fortes cordes.

Il y a beaucoup à faire. Le plus pressant est de réparer le gouvernail, de monter une voile de fortune pour redonner au navire la capacité de manoeuvrer.