Fiche Biographique
ANNE DIEU-LE-VEUT, 16?? à 16??
Jean Nau, dit l'Olonnais Nation d'origine France, région du Languedoc.
Repaire favori La Tortue
Coup d'éclat Provoque en duel Laurent de Graaf... Puis, devient sa compagne.
Mauvaise habitude Être à la fois romantique et soupe-au-lait.
Fin de carrière Capturée par les Espagnols, elle croupit en prison jusqu'à ce qu'une intercession du secrétaire à la marine, Pontchartrain, la fasse libérer. Après quoi, on n'entends plus jamais parler d'elle.

Anne Dieu-le-veut.

Il est difficile de savoir ce qui est véridique à propos d'elle. On ne sait rien de ses origines, encore moins de son enfance. On croit qu'elle débarque à l'île de la Tortue à l'époque du Gouverneur d'Ogeron qui tente de «stabiliser» la population de flibustiers en y introduisant des femmes. Évidemment, comme pour les «filles du Roy» au Québec, ces femmes ne sont pas de «fraîches et innocentes couventines». Elles ont vécu, elles ont l'esprit d'aventure et probablement laissé en Europe un passé chargé. Pour des flibustiers, cela ne prend rien de moins.

Anne serait devenue l'épouse Pierre Le Long, un boucanier français qui est le fondateur de Port-François à St-Domingue. Très vite, elle se fait remarquer par un caractère bien carré. Quand Anne veut quelque chose, elle l'obtient aussi sûrement que si Dieu le voulait. D'où son surnom. Après la mort de Pierre le long, elle vit seule sur l'île de la tortue jusqu'au matin où...

...la légende prend la relève. Parce que la suite de l'histoire d'Anne Dieu-le-veut est à mon avis une belle invention. Mais vrai ou faux, le récit témoigne des fantasmes qu'ont les flibustiers... ou qu'ont les chroniqueurs qui nous rapportent leurs vies! Quoi qu'il en soit, Anne vit donc seule jusqu'au matin ou on lui apprend que le célèbre Laurent de Graaf a dit des «grossièretés» à son sujet au cours d'une beuverie, la nuit précédente.

Anne se fâche. Elle va trouver de Graaf qui cuve son vin au milieu de la taverne. Elle le réveille à coups de pieds et le provoque en duel. Laurent tire son sabre avec l'intention de l'embrocher sur le champ, mais Anne Dieu-le-Veut le désarme d'un coup de pistolet. Après quoi, Laurent redevient gentilhomme et soutient que ses principes lui interdisent de se battre contre une femme.

À quoi Anne réponds : «Si a midi vous ne m'avez pas rejoint sur la place, je reviendrai vous chercher et vous verrez comment une femme peut vous fendre le crâne». L'heure venue, Laurent de Graaf lui fait plutôt des excuses... et la demande en mariage, affirmant qu'elle lui fera une digne compagne. Proposition qu'Anne accepte. Les deux années qui suivent, on la voit toujours aux côtés de Laurent de Graaf sur le pont de son navire.

La superstition des marins veut qu'une femme à bord porte malchance. Tout au contraire, Anne Dieu-le-Veut se fait la réputation de porter chance. Mais un jour la chance tourne pourtant. Se portant à l'assaut d'un navire espagnol de fort tonnage, Laurent de Graaf est tué par un boulet. Coupé en deux sous les yeux d'Anne. (Ce qui est probablement une invention se basant sur le fait que De Graaf est mort vers 1704 dans des circonstances inconnues).

Aussitôt, Anne-Dieu-le-veut prend le commandement du navire. Loin de fuir devant les espagnols supérieur en nombre, elle mène son équipage à l'abordage. Le combat est acharné et les flibustiers sont vaincus. Les hommes sont exécutés et jetés par-dessus bord, Anne, blessée d'une balle à la cuisse, est transportée à Vera Cruz puis à Carthagène, deux villes que Laurent de Graaf a pillées quelques années plus tôt.

À ce moment, la notoriété d'Anne est si grande qu'on dit que Pontchartrain, secrétaire d'État à la marine de France, intercède auprès du Roi d'Espagne et obtient sa libération. C'est la dernière mention d'Anne. Après, on ne sait plus ce qu'elle devient. Sinon qu'elle aurait eu une fille (de Laurent de Graaf?). Un jour qu'un prétendant insiste un peu trop avec sa demande en mariage, la fille d'Anne, le provoque en duel pour bien se faire comprendre : «T'es pas mon genre. Tu piges?!». Telle mère, telle fille!